Interview de Denis Uhalde compositeur de musique de films

compositeurComment en êtes vous arrivé à écrire de la musique pour l' image ?

Denis Uhalde : J'ai toujours composé de la musique instrumentale, puis un ami qui faisait un documentaire sur un quartier de Paris m'a demandé de lui écrire un morceau, une valse d'accordéon un peu récurrente pour son film. Celle-ci m'a porté chance puisqu' une productrice l'a entendue et m'a proposé de collaborer à une collection de documentaires littéraires et historiques ; parallèlement, j' avais croisé un producteur de courts métrages ... Il n'en fallait pas plus. Répondre à la demande d'autres personnes devenait une manière nouvelle, complète et ultime de créer de la musique, des univers musicaux.

Comment aimez vous travailler pour l'image ?

Denis Uhalde : Je cherche à trouver la signature mélodique d'un personnage, d'un lieu, à créer le décor musical d'une époque, suggérer la tension intérieure d'un personnage, intervenir dans les silences et dans les ellipses. Le plaisir essentiel vient du fait que la musique n'est plus auto-centrée, tournée sur elle-même. Elle est requise pour "  autre chose "  qui devient une formidable motivation. Lorsque c'est possible, rencontrer un réalisateur très en amont, se plonger dans la lecture d'un scénario, c'est le premier contact idéal. Pressentir les endroits où la musique doit intervenir, ce qui n'est pas écrit ou prévu et qu'il faudra inventer. Le désir est décisif ; celui du réalisateur avant tout. A ce stade, on puise bien sûr dans ses goûts, sa culture mais en même temps, on trouve une énergie dans une dynamique d'empathie, dans la façon de chercher et de trouver la juste résonance avec tel ou tel élément du film.

Quelles sont les différentes étapes dans le travail de composition pour l'image ?

Denis Uhalde : Je dirais que pour répondre aux attentes d'un projet, d'une histoire, le compositeur utilise deux outils musicaux fondamentaux et décisifs : la mélodie et l' instrumentation. Un bon musicien se reconnaît avant tout par son aptitude à « trouver «  des thèmes. Sans ceci, le bagage le plus académique, les possibilités d'orchestrations restent un peu vaines. A ce niveau, je suis autant influencé par la musique pop, les chansons que par la musique classique. L'efficacité mélodique avant tout ! Le deuxième élément décisif est ce que j'appelle la palette de couleurs. Une fois trouvés les principaux thèmes du film et le type d'orchestration, on a l' essentiel. Ensuite, intervient la recherche scène par scène. Il s'agit de travailler sur l'atmosphère, les sentiments, la tension dramatique.

Composez vous avant d'avoir les images ou à l'image ?

Denis Uhalde : L'éternelle et grande question ! En fait, la richesse de notre travail peut venir d'une combinaison des approches. Pour du documentaire par exemple, il est très agréable de composer en amont un certain nombre de musiques, que le monteur va s'approprier, voire aménager. Cette méthode peut s'avérer très efficace et rien n'interdit d'apporter en fin de processus une amélioration qualitative de la musique (faire jouer différents instruments supplémentaires). Pour une scène de long métrage, dont on attend un résultat, une mise en scène réglée, très précise, il est intéressant de faire un travail musical, d'orchestration à partir des relevés de minutage. On fabrique alors une musique qui sera parfaitement calée sur la séquence. Le jeu en direct à l'image est très agréable aussi. On est là dans une approche très spontanée. La combinaison entre ma formation rigoureuse de percussionniste classique et mon parcours de pianiste, accompagnateur et improvisateur m'est alors d'un précieux secours ! On peut parfaitement jouer trois versions musicales en direct à l'image et choisir in fine la plus pertinente.

Quelle est, selon vous, la première qualité d'un compositeur pour l'image ?

Denis Uhalde : Idéalement , il me semble qu'un compositeur qui créé pour l'image se doit de connaitre le maximum de styles et d'approches, tout en restant capable, le moment venu, de livrer la chose la plus essentielle pour le film : le thème, qui, en 8 notes, «  dira «  notre histoire, habitera l'espace tout au long d'une série ou d'un long métrage. Ces quinze dernières années, j'ai été particulièrement touché par le travail d'Angelo Badalamenti (Lynch), Alberto lglesias (Almodovar), Nicola Piovani (Benigni, Moretti, Lioret), Alexandre Desplat (Audiard), Richard Robbins (“Les vestiges du jour") ou Joe Hisaishi (Miyazaki) … Je pourrais facilement allonger la liste, notamment si l'on remonte encore dans le temps.

Propos recueillis par Béatrice de Mondenard (journaliste)